Jobbing : le business des bricoleurs du dimanche

On les appelle les jobbeurs. Certains sont des professionnels, d’autres pas, mais ils sont toujours plus nombreux à proposer des services de plomberie, peinture, déménagement, etc., sur des plates-formes Internet. Au grand dam des artisans.

Ne tentez pas de trouver un logo ou le nom d’une entreprise sur leur camionnette. La plupart de ces artisans sillonnent discrètement nos routes, dissimulés derrière leur pseudo sur Internet. « Fred23 », « Sam la bricole », « Matteo ». Pourtant, certains se comportent comme de vrais professionnels, l’agenda surchargé de rendez-vous dès l’aube, le coffre rempli d’outils. Sur le marché en pleine croissance du bricolage en ligne, ce sont eux qui parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Ces derniers temps, les grandes enseignes de bricolage comme Castorama, Bricomarché ou Leroy-Merlin multiplient les partenariats avec les plates-formes de petits travaux à domicile. En proposant à leurs clients l’intervention à domicile de ces bricoleurs du Net, elles permettent par la même occasion aux plates-formes d’accroître leur notoriété. Combien sont-ils exactement ces jobbeurs, hommes et femmes à tout faire, qui louent leurs services contre 15 ou 20 euros l’heure ?

Difficile de dénombrer cette horde de déboucheurs d’éviers et sauveteurs de radiateurs. Dans une étude publiée en 2017, la Fédération française du bâtiment (FFB) estimait à 150 le nombre de ces plates-formes Internet existant en France. Toutes se livrent une concurrence acharnée.

«Concurrence déloyale»

« Ce système des plates-formes permet, d’un côté, aux ménages modestes de réaliser plus facilement des travaux chez eux et, de l’autre, de fournir du travail à de nombreuses personnes sans activité. Mais cela favorise aussi une nouvelle économie de petits boulots précaires. Économiquement, c’est bien, socialement, ça l’est un peu moins ! » estime Bernard Baudry, professeur d’économie à l’université Lyon-2.

Du côté des artisans du bâtiment, on regarde aussi ce phénomène avec scepticisme. « Au niveau juridique, il y a encore des zones de flou. Si un immeuble est inondé suite à l’intervention de ces bricoleurs, qui paye ? Sans doute pas l’assurance ! » tacle Patrick Liébus, président de la Capeb (organisation interprofessionnelle des artisans du bâtiment), qui note « l’injustice » du système des plates-formes qui ne se plient pas aux mêmes contraintes administratives que les petites entreprises du bâtiment et participent à l’émergence en ligne d’une « nouvelle économie informelle ».

Autre hic, selon la Capeb : le fait que ces bricoleurs, qui se déplacent à l’origine pour un robinet, finissent souvent par remplacer la chaudière ou rénover un appartement tout entier. « Cela devient alors de la concurrence déloyale », dénonce-t-il.

Une expansion suivie par les pouvoirs publics

Du côté des clients ou des enseignes de bricolage, on applaudit des deux mains l’existence de ces bricoleurs efficaces, réactifs et peu onéreux. « Je n’ai pas d’outils, je ne sais pas bricoler et un artisan n’accepterait jamais de se déplacer chez moi pour accrocher un cadre… même très grand ! » assure Marie, 30 ans, une habitante de Paris (XVIIIe) fervente utilisatrice du site Needelp, qui reconnaît également que sa motivation principale est « le prix » et qu’elle a déjà demandé à un bricoleur de lui changer son ballon d’eau chaude.

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« Cela nous permet d’accompagner davantage les clients dans leurs souhaits », assure Stéphanie Hajjar, directrice de l’innovation chez Leroy-Merlin, enseigne pionnière qui a signé son acte de mariage dès 2015 avec Frizbiz et entend aujourd’hui développer ce type d’alliances avec des start-up spécialisées dans le dépannage ou la rénovation d’intérieur.

Les pouvoirs publics, eux, assurent suivre avec attention l’expansion de ces nouvelles formes d’activités. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les plates-formes pour tenter d’identifier les individus qui gagnent des montants importants sur ces sites sans se déclarer », indique Alan Disegni, chargé de l’économie collaborative à l’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf).

Car en théorie, les plates-formes ne sont pas là pour faciliter le travail au noir : soit le jobbeur est un professionnel et alors il faut régler sur facture, soit il s’agit d’un non-professionnel et c’est au client particulier de déclarer la prestation. Ça, c’est en théorie…

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