Le plombier-chauffagiste reprend l’entreprise et embauche son ..

C'est une belle histoire. L'ancien apprenti, devenu salarié, a décidé de reprendre l'entreprise castraise Orti où il a fait ses armes et d'embaucher son ancien patron.

C'est ce qui s'appelle une transmission d'entreprise réussie qui peut servir d'exemple. Arnaud Labessouille, 28 ans, vient de reprendre l'entreprise castraise Orti, plombier-chauffagiste, dans laquelle il a fait ses armes pendant 10 ans. Et pour mettre toutes les chances de son côté et bénéficier d'un savoir-faire transmis sur trois générations, le jeune chef d'entreprise a embauché son ancien patron. «On a inversé nos rôles», sourit Arnaud Labessouille sous le regard bienveillant de Richard Orti, 57 ans, qui a vu là l'opportunité de pérenniser l'entreprise familiale créée par son grand-père en 1949 et que son père lui avait transmis à son tour il y a 27 ans.

Arnaud Labessouille, titulaire d'un BEP obtenu au lycée du Sidobre à Castres en plomberie, chauffage et sanitaire, est entré comme stagiaire à 17 ans chez Orti, entreprise située en plein centre-ville qui fait quasiment partie du patrimoine castrais (voir encadré). «J'ai ensuite fait un contrat d'apprentissage au cours duquel j'ai appris le métier de dépannage de chaudière, clim et pompes à chaleur. Et à 20 ans, Monsieur Orti m'a proposé un CDI, raconte le jeune homme qui a gagné la confiance de son patron qui l'a formé. Je partais tout seul en dépannage et je me souviens que les clients étaient sceptiques de voir un jeune tripoter leur chaudière !». Et au fil des ans c'est presque un lien paternel, en tout cas professionnellement, qui se crée entre les deux hommes. «M. Orti, prenant un peu d'âge, me laissait de plus en plus de responsabilité», confie le jeune homme qui, à 23 ans, commence à prendre des notes le soir en rentrant chez lui sur ce qui pourrait être amélioré dans l'entreprise qui fonctionne encore à l'ancienne. Et il y a quelques mois, Arnaud Labessouille se lance et propose à son patron de lui reprendre l'entreprise. «On commençait à rentrer de gros chantiers mais on arrivait plus à répondre à la demande. J'avais envie de redynamiser les choses, confie le jeune homme qui se dit «attaché à la société et à la clientèle». Je n'aurais jamais repris une autre entreprise que celle-là». À l'issue de nombreuses et longues discussions, les deux hommes se mettent d'accord en mai dernier. «Je lui ai tout de suite dit que j'avais besoin de lui, de son expérience et de son savoir-faire. M. Orti c'est un bureau d'études à lui tout seul ! confie Arnaud Labessouille qui va se rapprocher de Tarn entreprendre pour l'aider dans son projet de reprise et qui va faire des sacrifices personnels, vendant sa voiture et sa moto, pour aller au bout de sa démarche. J'ai également été bien entouré par ma famille».

Tout va aller très vite. Arnaud Labessouille voulait absolument reprendre le flambeau en septembre avant la période d'hiver synonyme de grosse activité pour les chauffagistes. Il a durant l'été trier, vider et ranger l'atelier, moderniser les locaux, repenser la communication et surtout tout informatiser. «Il y avait des archives depuis 1949. Tout se faisait jusque-là sur papier. Il a fallu tout retaper à l'ordinateur», confie le jeune patron qui a pu compter sur les employés, dont certains ont 30 ans d'ancienneté, pour lui donner un coup de main pendant leurs vacances.

Pour Richard Orti, c'est forcément un grand changement mais il a su trouver sa place et prendre du recul. «Je suis très content et très fier que cela soit Arnaud, que j'ai formé, qui reprenne l'entreprise, confie Richard Orti qui va profiter de ces quelques années qui lui restent avant la retraite pour «tout lui transmettre». J'ai fait ma part du chemin et je passe le témoin à quelqu'un qui va amener du dynamisme. Et puis c'est une continuité pour le personnel. C'est magnifique. Plutôt que de devoir la céder à une grosse société sans identité ou de stopper carrément l'activité, je ne pouvais pas rêver mieux».

Les deux hommes travaillent main dans la main. «On a fait le tour des clients et des fournisseurs pour leur expliquer la situation et rassurer tout le monde. Et on se retrouve tous les soirs pour débriefer et on visite les chantiers ensemble», raconte le nouveau patron qui veut donner un coup de jeune à l'entreprise tout en gardant son âme et son ADN en restant par exemple coûte que coûte implanter en centre-ville «où la clientèle a l'habitude de venir». D'ailleurs, le nouveau patron a laissé en gros le nom d'Orti sur l'enseigne aux côtés de Labessouille.

La société compte 7 employés

L'entreprise Orti, créée par Ricardo Orti en 1949, est l'une des premières entreprises sud-tarnaise spécialisée dans l'installation du chauffage centrale. On lui doit par exemple l'équipement de bâtiments qui font partie du patrimoine local comme l'ancienne piscine Villegoudou, la banque de France ou encore les abattoirs. Au départ implantée rue du Consulat avant de s'installer dans ses locaux actuels de la rue de l'Hotel de Ville, la société Orti s'était spécialisée dans la laitonnerie et fabriquait des éléments de vitrines, enseignes et comptoirs. Elle s'est ensuite consacrée à la ferronnerie avant de basculer définitivement vers le chauffage, la plomberie et la zinguerie. Une activité de zinguerie, laissé un peu aux oubliettes, qu'Arnaud Labessouille a remise au goût du jour en employant son frère de 25 ans chargé de la développer. Il a aussi pris un apprenti pour faire passer à 7 au total l'effectif de la société.